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d'ethnomusicologie

Au fil des notes, de l’Ukraine à la Grèce

4 mai 2021 | Eugénie Rousak

En partenariat avec

Le 5 juin prochain, les ADEM donnent carte blanche à Nabila Schwab, une artiste qui enseigne les chants polyphoniques d'Europe de l'Est au sein des ADEM depuis de nombreuses années. Regroupant les influences allant de l’Ukraine à la Grèce, en passant par la Bulgarie, la Serbie ou encore la Roumanie, cette cheffe de chœur autodidacte est aujourd’hui à la tête de plusieurs chorales. En compagnie des musiciens du groupe Maurice K, Nabila nous propose un voyage à travers les chants des Balkans.  Rencontre avec l'artiste et pédagogue.

 

Nabila(Nabila Schwab, aux Aubes Musicales des Bains des Pâquis - été 2020 © Didier Jordan)

 

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak, en partenariat avec l'Agenda

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L’Agenda : Originaire de Genève, comment vous êtes-vous tournée vers la culture balkanique?

Nabila Schwab: J’ai grandi dans un environnement porté sur les musiques du monde, reflet d’un engouement très typique des années 70. Alors que je travaillais dans un théâtre, l’un de mes collègues pratiquait les musiques roumaines au taragot. Je me suis donc rapidement familiarisée avec ces sonorités balkaniques. J’aimais beaucoup cette ambiance festive, le folklore et l’univers des tziganes! Venant plutôt du théâtre et de la danse, c’est en jouant avec mon mari de l’époque, le trompettiste américain Dave Douglas, que j’ai été amenée à poursuivre ces recherches musicales. Ainsi, en revenant des USA où j’avais travaillé au Bread & Puppet Theater, j’ai continué mon apprentissage en autodidacte de l’accordéon et proposé à mon entourage de chanter avec moi. De fil en aiguille, j’ai persévéré dans ces musiques, même si je me sentais alors un peu seule dans ce créneau à Genève. Mais j’ai invité différents professeurs de chant de cultures différentes à me rejoindre. Ces initiatives avaient notamment pour objectif d’offrir à mes ami.e.s suisses la possibilité d’apprendre directement ces musiques à la source. En parallèle, j’ai été diplômée de la Haute École de Musique de Genève, ce qui m’a donné les outils supplémentaires pour l’enseignement.

Pourquoi avez-vous été si sensible aux polyphonies des Balkans?

Ce que j’aime dans ces polyphonies, c’est ce doux mélange entre les rires et les larmes. Ce sont des émotions qui nous touchent droit au cœur. Les textes peuvent à la fois être poétiques avec beaucoup de profondeur et très abruptes. Par exemple, le chant Lume Lume, titre de mon deuxième disque, se traduit par: "Monde, monde quand est-ce que j’en aurais marre de toi? Peut-être j’en aurais marre quand ils m’auront servi le dernier petit verre et qu'ils me mettront dans la tombe, quand ils tourneront le bois, puisque le monde est de passage, celui qui naît souffre, celui qui meurt pourrit!". Les mélodies sont parfois très simples, quelques notes seulement, mais elles permettent d’unir les voix et de porter la chanson. Cette tradition de chanter ensemble est complétement intégrée dans le quotidien encore aujourd’hui. D’ailleurs, beaucoup de musiciens pop ou rock reprennent ces mélodies, ce qui permet au public de les entonner en chœur avec eux. Malheureusement, en Romandie, il n’y a guère cette transmission du répertoire de génération en génération, et il est même souvent difficile de définir un répertoire. À part Jaques Dalcroze et l’Abbé Bovet, la plupart de nos références musicales sont directement liées à la culture française. J’aime donc perpétuer ces traditions balkaniques, en intégrant cette musique dans mon quotidien et celui des choristes.

Quelle est la spécificité des musiques des Balkans?

La géographie de cette musique est très vaste. Selon mon approche, elle est à la croisée de la musique occidentale d’un côté et de la musique orientale de l’autre, avec notamment les influences du Sud avec la Turquie ou la Grèce, et du Nord avec les pays slaves. Cela dit, c’est un carrefour d’influences qui reste proche de nous. Dans la musique orientale et slave, nous avons également nos racines grégoriennes et les modes utilisés dans certaines musiques des Balkans étaient déjà présents au Moyen-Âge ou à la Renaissance. Il y a donc un lien avec notre histoire!

Vous avez fondé et dirigé depuis près de 25 ans plusieurs chorales à Genève. Quels sont vos projets du moment?

Actuellement, je dirige les Anges de Montbrillant et Aoédé, deux chœurs de femmes qui vont aujourd’hui dans la même direction. J’ai également créé le Chœur Artichaut en 2014, que j’ai malheureusement dû arrêter il y a quelques mois. Ainsi, jusqu’à l’année dernière, les trois chorales comptaient une soixantaine de choristes, que le public a notamment pu entendre lors de deux concerts à l’Alhambra en mai 2019 en compagnie de l’orchestre Maurice K. Anciennement nommé Maurice Klezmer, ce groupe mélange les sonorités d’un violon, d’une clarinette, d’un basson, d’un guembri (luth) et d’un tapan (tambour) pour nous faire voyager à travers les airs ou les mélopées d’Europe de l’Est.

 

Nabila et l'ensemble Maurice K(Nabila Schwab et l'ensemble Maurice K aux Aubes Musicales des Bains des Pâquis à l'été 2020 © Didier Jordan)

 

Vous avez profité de cette période de confinement pour aborder vos recherches selon une nouvelle optique et travailler sur les vibrations du corps durant le chant. Pourquoi?

Aujourd’hui, lorsque nous chantons, nous avons l’habitude de mettre l’accent sur l’oreille, en nous focalisant sur la justesse et nous éloignant de notre propre ressenti. Ce travail sur les vibrations me ramène dans une intériorité, amenant ma voix à résonner avec l’ensemble de mon corps. J’incite donc mes choristes à percevoir cette diffusion globale, permettant aux voix de s’unir de façon plus organique avec une nouvelle profondeur, qualité et énergie. C’est un véritable bain sonore que nous offrons aussi bien au public qu’à nous-mêmes !

Vous allez vous produire samedi 5 juin à 18h dans l'Auditorium du Musée d'ethnographie de Genève (MEG). À quoi le public doit-il s’attendre?

Avec Maurice K, nous avons préparé un répertoire assez varié, constitué de chants arméniens, grecs, géorgiens, ukrainiens, bulgares, roumains et serbes. Je pense que le public pourra entendre les liens qui unissent ces diverses musiques.

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Pour aller plus loin :

le cours de Nabila aux ADEM : https://adem.ch/fr/cours/chorale-des-balkans

le site personnel de Nabila : www.nabilaschwab.net

le son de l'ensemble Maurice K sur soundcloud : https://soundcloud.com/mauricekmauricek

 

 

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