ateliers
d'ethnomusicologie

Voyages en terres de la cithare langeleik

Terrains | 7 janvier 2020 | Fabrice Contri

Les ADEM privilégient autant que possible ce que l’ethnomusicologue nomme le « terrain ». Partir à la rencontre des musiciens et des musiciennes. Il convient de comprendre la musique non seulement en observant ses sons, mais en s’approchant aussi au plus près des gens qui la pratiquent : leur ville ou village, leur paysage, leur maison. Suivons les pas de Fabrice Contri, directeur et programmateur des ADEM.

Dans la verte vallée de Valdres, à Fagernes, Ole Aastad Bråten m'a fait rencontré certain.e.s de ses ami.e.s joueurs et joueuses de hardingfele ou de langeleik. Il m'a également invité à visiter l’un des pôles culturels de la région : le Valdres Folk Museum, institution qu’il dirige. Lors de ma venue se tenait une exposition temporaire spécialement consacrée à la cithare traditionnelle langeleik.

Le langeleik appartient à la catégorie des cithares sur table à cordes pincées. Il est ainsi le cousin germain du dulcimer des Appalaches, du scheiholt allemand, de l’épinette des Vosges et, plus proche de la Norvège, du hummel suédois.  


(Ole Aastad Bråten)

Le langeleik est un instrument joué essentiellement dans des contextes intimes, on se divertit chez soi, en famille ou avec des amis.

Parfois on chante et on danse sur l’accompagnement de ses mélodies rythmées. Le langeleik était communément employé dans les bals avant que le violon (principalement le violon traditionnel norvégien hardingfele) ne le supplante progressivement au cours du XIXe siècle.


Kom lejke paa Valdris Vis, 1896, Christian Skredsvig (1854-1924)

La main droite se balance en de subtils allers-retours de plectre créant un bourdon rythmique sur lequel va chanter la main gauche. Autrefois entièrement lisse, la touche de l’instrument a été munie progressivement de frettes qui déterminent certains repères quant aux notes à jouer (comme sur le manche de la guitare par exemple). Comme dans tous les instruments à cordes pincées (entre autres : luth, clavecin), l’ornementation anime le discours musical en donnant vie aux notes.

 

 

Le langeleik est associé à une tradition rare en Europe : l’animation de marionnettes par l’instrumentiste lui-même. Lors de recherches que j’ai menées en Calabre du Sud, j’ai pu voir les buratini da gamba : des marionnettes que manipule un musicien, avec son pied, à l’aide d’une pédale. Ici, la grande différence est que ce sont les mains elles-mêmes de l’instrumentiste qui communiquent leurs mouvements - tout en jouant de la musique - à de petites figurines articulées (danseuses et danseurs, chevaux).

« Cette pratique est appelée dansedokke (marionnettes dansantes). « C’est une tradition ininterrompue et, aussi loin qu’on la connaisse, en Norvège, elle est connectée au langeleik et à son répertoire. Elle remonte peut-être à l’ère pré-chrétienne, avant le langeleik donc. Elle manifeste des liens évidents avec les processions de masques lors des parades du temps de Noël. »  (Ole Aastad Bråten)


Knut Opheimsbakken, luthier.  Atelier du Musée de Fagernes. Ce langeleik est une copie d’un modèle très ancien (XVIIe siècle) ayant appartenu au fameux poète natif du Hardanger (sud-est de Bergen) : Olav H. Hauge (1908-1994). 

 

 

Hardingfele ou « violon hardanger » « moderne » (après 1850) de l’est de la Norvège. Forme et décorations en feuilles d’acanthes dessinées à l’encre noire (rosing) avec incrustations de nacre. Il est commun que la volute de l’instrument figure une tête de femme… ou de dragon (il s’agit ici d’un dragon !).

 

 

En lien avec notre festival Notes polaires, du 27 février au 1er mars 2020.

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Photos, vidéos : Fabrice Contri

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