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d'ethnomusicologie

# 4 : Son de gaita

20 April 2020 | Angela Mancipe

Quatrième épisode de notre série Sortir des murs. Cette fois-ci, nous vous suggérons le film documentaire Son de Gaita de Pablo Burgos. Le réalisateur colombien nous embarque dans une longue traversée de contrées arides et fascinantes, un véritable périple empreint de mysticisme et ruisselant de musicalité.

 

Les maîtres Mariano Julio et Jesús Saya jouent et chantent ensemble Palenquero sube la malla de Jesús Saya. 
(Son de gaita, 2008).

LE FILM

SON DE GAITA (2008)
76 ‘ (VO ST ANGL)           

                 

 

 

Sur les traces des métissages de la gaita colombienne, Urián Sarmiento, musicien et chercheur colombien, se rend dans la région des Montes de María en Colombie à la recherche des histoires des grands maîtres gaiteros (joueurs de gaita) de la région : Victor Yepes, Sixto Salgado « Paíto », Jesús Saya, Antonio García, Fredys Arrieta et Pedro Yepes, parmi d’autres.

C’est avec sobriété et sincérité, et néanmoins fierté, que les anciens musiciens abordent l’identité, la joie et la force d’un pays qui lutte toujours contre la violence, par le biais de la musique et de la danse. À San Jacinto, village historiquement fort d’un riche patrimoine musical, le réalisateur réunit les anciens maîtres de la gaita « indienne » avec ceux de la gaita « negra ». Au-delà de leurs différences musicales, ces deux pratiques s’inscrivent dans un discours singulier qui fond la nature du peuple costeño, les habitants de la Caraïbe colombienne, notamment, dans sa revendication de l’héritage africain et indien. 

Au fil de son voyage et de ses rencontres, le cinéaste nous dévoile une facette du métissage musical et culturel du pays, à travers le mariage sonore des maracas, du tambour alegre (littéralement, le tambour heureux) et d'une paire de gaitas qui dialoguent et se complètent, appelées les gaitas « mâle » et « femelle ». Dans les dernières décennies, les gaitas ont été intégrées à un concept de  « colombianité ». Ses caractéristiques organologiques et sonores incarnent la rencontre de trois peuples qui par leur alliance en forment un seul, et sont à l’origine d’une musique porteuse d’une identité colombienne. Cette dimension de la gaita, qui confère à l’instrument une saveur propre, a été amplement explorée par les ethnomusicologues et par les musiciens eux-mêmes.

Son de gaitas est un documentaire touchant, qui donne à voir une Colombie différente des grosses productions faisant référence au trafic de drogues et à la violence. Hautement recommandé.

 

 

L’ENSEMBLE DE GAITAS ET TAMBOURS

« Bien que le terme gaita désigne la cornemuse en Espagne et en Bulgarie, ainsi qu’un hautbois en Afrique du Nord, il s’agit en Colombie d’une flûte droite taillée à partir du cœur d’un cactus. La gaita se singularise par une facture héritée des peuples indiens de la Caraïbe : une tête faite d’un mélange de cire d’abeille et de charbon végétal dans laquelle est inséré un calame (tube où souffle le gaitero) issue d’une plume de dinde, de canard ou de paon. On la joue en couple, mâle et femelle. Autre grand héritage indien, la gaita mâle est toujours jouée en association avec un hochet (maraca ou maracón) fait d’une calebasse vidée et remplie de graines séchées. Le machero joue d’une main la flûte et de l’autre la maraca.

Les gaitas sont accompagnées de trois tambours : l’alegre («joyeux»), le llamador («celui qui appelle») et la tambora. Les deux premiers sont joués avec les mains, sur une peau. Ils constituent l’élément africain par excellence. Le llamador est beaucoup plus petit que l’alegre, mais ils diffèrent surtout par leur fonction : le llamador porte l’ensemble, son jeu sobre et invariable appelant à la mesure en frappant le contretemps. Il s’oppose à l’alegre, dit joyeux car «bavard» : ce dernier exploite une grande variété de timbres et de motifs rythmiques, multipliant les divisions métriques. Dans le discours local, le llamador est le tambour mâle alors que l’alegre est femelle. Ce dernier entretient une relation très étroite avec la gaita femelle : «ils se cherchent mutuellement», dirait Paíto. La tambora (tambour à deux peaux percutées avec des baguettes) semble provenir d’Europe et n’est utilisée dans cette musique que depuis les années 1960 ».     Ocora Radio France, Sixto Salgado & los gaïteros de Punta Brava

 

 

URIÁN SARMIENTO

 

Urián Sarmiento. Photo Radio Nacional de Colombia 

 

Musicien et chercheur d’origine colombienne, Urián Sarmiento a consacré une grande partie de sa carrière à l’exploration des traditions musicales colombiennes, particulièrement à la pratique musicale de gaitas et de tambours.

Entre bibliothèques, enregistrements sonores, concerts et travaux de terrain, Sarmiento s’est affirmé comme un expert de ces musiques, au point de devenir non seulement un membre régulier du jury du concours national d’interprétation du Festival « Francisco Llirene » à Ovejas, au nord de la Colombie, mais aussi coproducteur du seul album enregistré par le gaitero Jesús María Sayas et producteur de deux des trois albums de Sixto Silgado « Paíto ».

 

 

EN REGARD ...

Disque 

COLOMBIE. Sixto Silgado « Paíto » & Los Gaiteros de Punta Brava (2012). En savoir plus ...

 

 

Écoutez-le dans son intégralité sur Spotify (accès gratuit) :

 

 

 

 ET ENCORE ... 

Compte-rendu du disque COLOMBIE. Sixto Silgado « Paíto » & Los Gaiteros de Punta Brava sur les Cahiers d’ethnomusicologie :

- Plisson, Michael. « COLOMBIE. Sixto Silgado « Paito » & Los Gaiteros de Punta Brava », Cahiers d’ethnomusicologie [En ligne], 26 | 2013, 322-325, mis en ligne le 20 février 2014. 
URL : https://journals.openedition.org/ethnomusicologie/2108?lang=fr

 

 

 

 

 

 

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